Comment la Norvège fut peuplée / Hversu Noregr Byggðist

Comment la Norvège fut peuplée
Traduction par Mlle Marion Poilvez
 

Extrait du Flateyjabók 

Maintenant, il faut raconter par l’exemple comment la Norvège fut en premier peuplée, et comment des lignées royales y sont nées, là et dans d’autres contrées, et pourquoi ils se nomment les Skjöldungar , les Buðlungar , lesBragningar , les Öðlingar , les Völsungar ou encore les Niflungar , dont les lignées royales proviennent. Il y avait un homme qui appelait Fornjótr. Il avait trois fils. L’un se nommait Hlér, un autre Logi, le troisième Kári. Ce dernier gouvernait les vents, Logi le feu et Hlér la mer. Kári était père de Jökull[1], père du roi Snærr[2], et les enfants du roi Snærr étaient les suivants: Þorri, Fönn, Drífa et Mjöll[3]. Þorri était un noble roi. Il régnait sur Gotland, Kvenland et la Finlande. Les Kænir lui faisaient des offrandes [blót][4] pour qu’il neige et pour obtenir un bon passage pour marcher en chaussures de neige. C’était leur récolte annuelle. Ce sacrifice [blót] devait se passer au milieu de l’hiver, et par conséquent le mois fut nommé d’après Þorri. Le roi Þorri avait trois enfants. Ses fils s’appellaient Nórr et Górr, et sa fille Gói. Gói avait disparu, loin de là, et Þorri fit un sacrifice [blót] le mois suivant car il y était habitué, et ils nommèrent alors ce mois qui commençait Gói. Ces deux-là, Nórr et Górr, cherchèrent leur sœur. Nórr eut de grandes batailles à l’ouest de Kjölr, et ces rois lui succombèrent: Véi et Vei, Hundingr et Hemingr. Nórr conquit ce territoire entier jusqu’á la mer. Ces frères se rencontrèrent dans cet estuaire qui se nomme maintenant Nóraförðr. Nórr voyagea de là en haut deKjölr et arriva à un endroit qui s’appelait Úlfamóar [5], de là il traversa Eystri-Dalr et ensuite Vermaland et le long de ce lac qui se nomme Vænir [6] , et ainsi jusqu’à la mer. Nórr conquit toute cette terre, à l’ouest de ces limites. Ce pays se nomme dorénavant la Norvège. Au milieu de l’hiver ils arrivèrent au Hedemark. Lá, il y avait ce roi qui s’appelait Hrólfr-sur-la-montagne. Il était fils du géant Svaði du nord de Dovre, et d’Áshilda, fille du roi Eysteinn qui régna pendant longtemps sur le Hedemark. Hrólfr-sur-la-montagne avait enlevé Gói et s’était marié avec elle. Mais quand elle reçut des nouvelles de Nórr, son frère, elle alla alors à sa rencontre, et Hrólfr avec elle. Il se soumit à Nórr et devint son sujet. Après celà, Nórr se rendit à un banquet chez son beau-frère, et ce dernier fut promis à Hodda, fille du géant Svaði et sœur de Hrólfr. Après celà, le roi Nórr retourna à l’ouest vers la mer, et ensuite il rencontra Górr, son frère. Il arrivait du nord,de Dumbshaf [7], et il avait pris possession des toutes les îles sur sa route, peuplées ou non. Ensuite, les deux frères divisèrent le royaume entre eux, de telle façon que Nórr devait obtenir tout le continent au nord à partir de Jötunheimr [8] et au sud jusqu’à Álfeimr  [9], et qui est maintenant appelé Norvège. Mais Górr devait obtenir toutesles îles, celles qui se trouvaient à bâbord de son navire quand tourné vers le nord. Górr le roi-des-mers avait desfils: Beiti et Heiti, Meitir et Geitir. Beiti le roi-des-mers voyagea avec son navire de guerre jusqu’à Trondheim et en mer de Beit. Il fit faire un traîneau sous le navire. La neige était abondante et le traîneau glissait bien. Ensuite Beiti s’assit sur la poupe, positionna le gouvernail droit, hissa les voiles et laissa ses hommes diriger le navire à travers Elliðaeið [10] jusqu’à Naumudalr [11]. Il prit possession de ces terres, celles qui étaient à bâbord. Beiti le roi-des-mers était le père de Heiti le roi-des-mers, père de Svaði, et Geitir était le père de Glammi etGylfi. Meitir le roi-des-mers était le père de Mæfill et Myndill. Myndill était le père de Ekkill et Skekkill. Nórrétait le père et Hodda, fille de Svaði, la mère de ces hommes, Þrándr [12] et Garðr, qui était surnommé agði [13].

 

[S’en suit une généalogie des rois de Norvège]

1 “Glace”
2 “le roi Neige”
3 Différents aspects de la neige, parfois sans équivalent direct en français: Givre, Amas de neige, Neige fondue et Neige poudreuse.
Blót – offrandes des anciens scandinaves aux dieux du panthéon nordique qui prenaient souvent laorme d’un banquet et parfois de sacrifices d’animaux tels que des chevaux.
5 “tourbière des loups”
6 Lac de Wener, en Suède
7 Océan Arctique
8 “Pays des géants”
9 “Pays des elfes”
10 Lit. “isthme du navire
11 Aujourd’hui Namdalen en Norvège
12 Déjà mentionné dans “La saga d’Eirekr le Grand Voyageur” comme premier roi de Trondheim et père d’Eirekr (Voir Valland 8)

13 En référence à une région historique de la Norvège Agði(Agder)

Commentaire:

Ce récit de la Norvège en tant que pays a uniquement survécu dans la Flateyjarbók. L’histoire existe en deux versions similaires au sein du même manuscrit, l’une faisant partie des courts textes d’introduction du vélin (ici traduite), l’autre faisant partie des premiers chapitres de la Saga des Orcadiens (Orkneyinga saga) connue sous le nom de « Fundinn Noregr ».

Au-delà d’un fond mythologique certain, l’agenda politique du texte semble clair. Le récit marque dans le temps(par le nom des mois) et surtout dans l’espace (par le nom des provinces) une lignée royale légendaire à l’aspect primordial (par les noms d’éléments naturels). Par ce processus, le texte tente d’affirmer la légitimité antique des rois norvégiens contemporains à la rédaction du texte, reflétant l’instabilité historique de la royauté et géographie norvégienne. La Norvège en tant que pays unifié apparaît donc antique et mythique, et rapproche ainsi le texte du processus evhémériste utilisé par Snorri Sturluson dans Ynglinga saga, première partie de sa Heimskringla .Dans le contexte plus général de la Flateyjarbók, le récit semble compléter le projet des deux autres textes déjà commentés, et touchant à des thèmes cruciaux pour la royauté : la place du roi dans la religion (« Le Dit deTorsteinn-au-frisson »), l’apprentissage du prince (« La saga d’Eirekr le Grand Voyageur ») et finalement la légitimité du pouvoir royal dans le temps et l’espace (« Comment la Norvège fut peuplée »).

Notes sur la traduction

La Flateyjarbók, manuscrit islandais de la fin du XIVe siècle richement décoré, contient à ce jour encore quelques textes non-traduits en français, parmi lesquels « Hversu Noregr Byggðist ». Valland souhaite se faire le médium par lequel ces derniers vestiges du Moyen Âge islandais pourront se rendre accessibles au public francophone. Je souhaite préciser que cette traduction ne fait pas autorité. Comme les traductions précédentes issues du même manuscrit (voir Valland 7-12, « Le Dit de Torstein-au-frisson » et « La Saga d’Eirekr le Grand Voyageur » ), elle est pensée avant tout comme une mise en avant pouvant éveiller des intérêts de recherche chez nos lecteurs, tout autant qu’un entraînement pour sa traductrice. Nous encourageons d’ailleurs toute proposition de traduction de la part des membres du réseau, ainsi que des commentaires constructifs à travers le blog de Valland oú vous pouvez consulter les traductions). Une préférence est donnée à la traduction littérale, et les noms propres des personnages seront présentés au nominatif afin de préserver une touche norroise.
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